Le stack, la respiration et les fascias

La semaine dernière, je vous ai parlé du stack.

Cette relation entre le bassin et la cage thoracique qui, lorsque je l'ai découverte, a complètement changé ma façon de bouger et de comprendre le corps.

Aujourd'hui, je souhaite y revenir pour vous expliquer comment le stack, la respiration et les fascias sont liés

Quand j’ai commencé à travailler sur ma posture, je me suis rendu compte de la complexité de la mise en pratique. Il est bien plus facile de comprendre intellectuellement que de ressentir dans son corps. Très souvent, je me surprends à perdre le stack. Pas seulement durant ma pratique ou mon entraînement, mais aussi au quotidien.

Bien qu’avec le temps je parvienne à le maintenir plus facilement, dès que j’apprends un nouveau mouvement ou que je réalise des postures plus exigeantes, mes côtes s’ouvrent à nouveau et mon bassin revient à ses anciens schémas. Mais pouvoir l’identifier fait toute la différence. Car si je ne le fais pas, c’est là qu’apparaissent les douleurs, les compensations et les inconforts, que ce soit pendant ou après la séance.

Je sais ce que vous vous dites : « Oh là là, Eva… quel ennui d’être toujours à l’affût de sa posture. Je n’y arriverai pas. »

Et aujourd’hui, je veux vous dire une chose importante : c’est exactement cela, le travail. Il ne s’agit pas de maintenir une posture idéale en permanence. Je dirais même que c’est impossible. Ce qui change tout, c’est d’apprendre à s’en apercevoir et à revenir. Ce va-et-vient entre perdre et retrouver le stack est ce qui, petit à petit, vous permettra de bouger de manière plus cohérente et de respirer avec plus de fluidité.

Sans cette conscience, le corps compense et vous finissez par bouger depuis le désordre plutôt que depuis l’organisation. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes finissent avec plus de douleurs qu’avant de commencer une activité physique. Lorsque la musculature et les fascias commencent à se rééquilibrer, cette neutralité — ce stack — devient de plus en plus accessible. Le corps commence alors à être plus stable, sans effort.

Nous en avons déjà parlé dans d’autres articles : il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises postures. Il n’y a que des postures que nous maintenons trop longtemps. Et c’est cela qui finit par désorganiser le corps.

Le stack et la respiration : le mécanisme qui connecte tout

Lorsque le centre du corps est organisé mécaniquement, tout fonctionne mieux.

Si vous avez déjà fait du vélo et remarqué que la chaîne frottait dès que vous changiez de vitesse, vous savez que ce petit bruit n’empêchait pas le vélo d’avancer. Mais il vous indiquait que quelque chose n’était pas tout à fait à sa place ; il y avait un désajustement quelque part.

Dans le corps, il se passe la même chose. Quand nous perdons le stack, la cage thoracique et le bassin changent de position. Le diaphragme doit alors s’adapter à cette nouvelle organisation. Il ne s’arrête pas de fonctionner, tout comme le vélo continue d’avancer. Mais ce décalage oblige le système à compenser, générant des tensions là où elles ne devraient pas être.

Lorsque le diaphragme perd sa liberté de mouvement (il ne descend pas bien à l’inspire, ne remonte pas bien à l’expire), le corps cherche ailleurs : le cou, les trapèzes, les épaules, le ventre. La respiration devient plus superficielle et le corps entre peu à peu dans un état de tension constante.

Tout cela est le signe que le corps compense. Et le plus intéressant, c’est que cela fonctionne dans les deux sens. Quand le stack s’améliore, le diaphragme retrouve son espace et la respiration devient plus naturelle. Mais l’inverse est aussi vrai : quand nous commençons à mieux respirer, le corps commence à se réorganiser de l’intérieur. La respiration n’est pas seulement une conséquence du stack ; c’est aussi un outil pour le retrouver.

Observez avant de changer quoi que ce soit

Placez-vous devant un miroir et respirez. Sans rien changer, observez :
Vos épaules se soulèvent-elles ?
Vos clavicules bougent-elles beaucoup ?
Le bas de votre ventre pousse-t-il excessivement vers l’avant ?

Maintenant, fermez les yeux et ressentez la respiration de l’intérieur. Il n’y a ni correct ni incorrect. Ce ne sont que des informations à prendre en compte.

Cherchez maintenant la position neutre, votre stack, comme indiqué dans l’article de la semaine dernière sous la rubrique « Observation corporelle ». À partir de là, sans rigidité, cherchez à ce que votre respiration déploie votre cage thoracique : dirigez l’air vers les dernières côtes, vers les côtés et vers l’arrière. Évitez que l’air ne remonte trop vite vers le haut.

Observez la différence. Vous ressentirez probablement plus d’espace, plus de mouvement et plus de présence au centre du corps.

Si vous ne ressentez rien, il y a peut-être beaucoup de rigidité et vous aurez besoin de la travailler. Pour cela, je vous invite à reprendre les exercices proposés dans les articles sur la respiration, notamment celui avec la bande élastique.

D’un autre côté, si vous notez une différence, observez, tout en étant en posture neutre et en respirant dans votre cage thoracique, s’il y a des zones de votre corps qui se tendent, celles que vous ne sentez pas s’activer et celles qui vous empêchent de maintenir la posture.

C’est votre fascia qui s’exprime. Ou plutôt, c’est votre tissu qui vous montre où se trouvent la tension, la rigidité ou le manque de mobilité.

Le fascia : le tissu en relation avec votre respiration

Les difficultés à maintenir une position neutre ne sont pas une erreur. Ce sont des informations sur l’état de votre tissu. Le fascia — ce tissu conjonctif qui enveloppe et relie tout — répond constamment à la façon dont nous respirons, bougeons et gérons les tensions.

Chaque respiration est un stimulus pour le fascia. Quand le diaphragme descend à l’inspiration, le tissu se tend légèrement. Quand il remonte à l’expiration, il se relâche. Cette petite oscillation rythmique est une des choses qui aide à maintenir le fascia hydraté, glissant et vivant.

Lorsque la respiration devient superficielle ou limitée, ce stimulus diminue. Le fascia commence à se densifier, à s’agglutiner et à perdre sa capacité d’adaptation. C’est alors que les tensions et la rigidité apparaissent. C’est pourquoi, en travaillant la mobilité de la cage thoracique et des côtes, on ne travaille pas seulement la posture : on redonne de la liberté au diaphragme. Et à travers lui, on prend soin du fascia.

Le cercle se referme

Stack, respiration et fascias ne sont pas trois concepts séparés. Ce sont trois parties d’un même système.

Quand le stack est présent, le diaphragme a l’espace pour bouger. Quand le diaphragme bouge bien, la respiration est plus complète. Quand la respiration est plus complète, le fascia reçoit le stimulus nécessaire pour rester vivant et adaptable. Et quand le fascia se libère, le corps peut revenir au stack avec moins d’effort. Le cercle s’auto-alimente.

Ce n’est pas le travail d’un jour. C’est un processus consistant à revenir, encore et encore, à l’observation de l’endroit d’où l’on part pour bouger. Et chaque fois que l’on revient, le corps s’en souvient un peu mieux. Avec le temps, cela change tout.

Avant de terminer, une précision…

Le stack n’est pas une posture rigide ; c’est une référence, un point de départ. Il y a des mouvements où le corps doit pouvoir maintenir une bonne organisation entre le bassin et la cage thoracique, comme la marche ou le fait de lever les bras.

Mais dans d’autres mouvements, comme une flexion profonde de la hanche ou une extension de la colonne (surtout en fin de course), le corps sortira progressivement de cette position neutre. C’est normal. Le problème n’est pas de perdre cette neutralité lors de ces mouvements, mais de commencer le mouvement depuis une position désorganisée. Car alors, le corps n’a plus d’espace pour s’adapter efficacement et tout devient compensation.

En revanche, lorsque je commence à partir d’une posture mieux organisée, le corps dispose d’une base solide à partir de laquelle il peut bouger sans s’effondrer.

Dans le prochain article...
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